Fâché !

Fâché !

Messieurs les Présidents,
Chers Benoît, Elio et Olivier,

Après l’English Brexit, la Trumpitude des choses et la French Ascension de Fillon, je croyais, sans doute un peu naïvement et porté par la maturité du récent débat wallon autour du CETA, que des enseignements avaient été tirés par vous et vos spécialistes (dont vos communicants). Et qu’à l’avenir vous seriez prudents, voire réfléchis, accordant plus d’attention au désamour massif de population pour la classe politique, aux rejets multiples que celle-ci suscite, notamment auprès des jeunes, comme viennent de le démontrer dramatiquement les chiffres de l’enquête sur la « Génération Quoi ».

Mais non ! Le Soir de ce matin (!) dévoile vos négociations tout aussi secrètes que celles du CETA, dont l’objet est de modifier les règles en matière de (dé)cumul des mandats en Wallonie et d’enclencher la marche arrière dès 2017. En quelques millilitres d’encre sur du papier journal, vous avez provoqué chez moi (et sans doute chez d’autres) une immense colère, un profond désarroi, un dégoût réel et une envie irrépressible de le crier. Ce que je fais ici en rouvrant ici pour la circonstance un blog depuis longtemps fermé.

Je suis donc fâché. Très fâché, et je vous en veux, Benoît, Elio, Olivier. Beaucoup. Peu m’importe dans ce billet le fond du débat sur les règles de cumul.  Soit dit en passant, elles mériteraient d’être l’objet de belles discussions de campagne électorale plutôt que de messes basses  entre « gens qui savent et s’arrangent entre eux« .

Ce qui me choque, me chagrine, me dépite, me révolte, m’exaspère, c’est le message que vous faites insidieusement passer auprès des citoyens. Avez-vous vraiment besoin de vous tirer une balle – que dis-je, un obus – dans le pied ? Car quels signaux envoyez-vous à la population ? Qu’entend-elle ?

  • « Le plus important, pour les partis traditionnels, c’est de protéger leur pré carré, de garder jalousement leurs pouvoirs, leurs mandats, leurs émoluments, avec hypocrisie  : on s’engueule sur les plateaux télé, on se tape sur le ventre au Cercle de Wallonie, de Lorraine ou du Lac, et on conclut l’affaire autour d’une table étoilée. » L’establishment contre lequel s’est battu Trump, c’est vous ! Et cette fois vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.
  • « Les élections de 2019 en Wallonie, c’est plié ! Ce sera une coalition entre le PS et le MR, avec éventuellement le CdH en appoint. »  Vous avez vu ces dernières semaines comment les résultats des urnes et la voix des « sans voix » peuvent  balayer ce genre de scenarii. Et cette fois, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.
  • Quel dédain, quel manque de considération pour ceux qui au cours de cette mandature, ont endossé les responsabilités mayorales  dans les communes où un député-bourgmestre devait se désister !  Avec parfois (souvent ?) comme principal obstacle (ennemi ?) le cumulard empêché, soucieux de garder la main sur « sa » commune. J’invite tous ces « FF » à « Faire Front », à se révolter quand viendra l’heure de l’acte le moins démocratique que nous connaissions : la composition des listes électorales au sein des partis.

Vous savez mieux que quiconque (enfin je l’espère) que les émotions jouent un rôle décisif dans les processus de choix des individus. Qu’il s’agisse de choisir un smartphone, une voiture ou un représentant politique, la décision finale repose plus sur l’adhésion que sur la rationalité. Pour adhérer, il faut un projet dans lequel on se reconnaît. Hillary Clinton l’a appris à ses dépens. Elle voulait être présidente, Trump voulait rendre à l’Amérique sa grandeur. Elle était « rationnellement » la plus qualifiée pour le job, il sera le 45e Président des Etats-Unis.

Benoît, Elio, Olivier, ne tombez pas dans le même piège.

Arrêtez de faire de la politique pour « conquérir le pouvoir ». Retrouvez vos rêves d’un monde meilleur. Meilleur pour tous. Ce n’est pas une utopie. On en discute quand vous voulez. Sur un plateau télé, dans un petit bistrot autour d’un godet ou en partageant un trajet sur un bus TEC, ces deux derniers endroits étant des observatoires privilégiés du mal-être de la Wallonie qui vote.

Ah oui, encore une chose : arrêtez de nous dire que vous luttez pour les générations futures. Les générations futures, elles sont là. Il ne faut pas travailler POUR elles, mais AVEC elles !

Fiction, pour terminer sur une note positive. Novembre 2022. Le Parlement wallon a confirmé à l’unanimité les nouvelles dispositions  électorales pour les communes de moins de 50.000 habitants. Il faut dire que les modifications apportées lors du scrutin de 2018 ont eu un impact très positif sur la vie communale : émergences de projets innovants et de proximité, notamment en matière environnementale; développement important de l’économie en circuit court; rajeunissement et renouvellement des représentants politiques; nouvelles solidarités et nette amélioration du lien social,… Pour rappel, avant 2018, les candidats étaient élus sur des listes représentant les partis et la gestion des communes se faisait majorité contre opposition, non sans heurts. C’est en 2017 que les présidents de partis ont audacieusement modifié le système, en instaurant des listes par tranche d’âge, proportionnellement à la population (16-24 ans, 25-34, 35-49, 50-65 et plus de 65 ans), en transformant le système majorité/opposition en assemblée collaborative et en limitant à 3 le nombre de mandats.

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